Emmanuel DUMONT de CHASSART, 1901 - 1944

Fils de Gabriel Dumont de Chassart et de Madeleine Descampe, Emmanuel Dumont de Chassart est né à Saint-Amand le 24 octobre 1901 et tragiquement décédé le 24 juillet 1944, assassiné par les collaborateurs des nazis.

Après des études secondaires au collège des Jésuites à Charleroi, il devient ingénieur agronome de l’Université de Louvain et fait son service militaire au régiment des lanciers, après quelques rappels, il est nommé lieutenant.

Sa formation achevée, et initié dès son plus jeune âge par son père Gabriel tant aux techniques de cultures qu’à l’agro-industrie, il entre à l’usine de Chassart dont il devient rapidement directeur. A la mort de son père, il assume, outre la gestion de sa propre ferme, "Le Happeau", celle de sa mère, la ferme de "l’Escaille".

Emmanuel épouse le 9 mai 1931 Monique de Limelette, née le 16 décembre 1910, et habite une maison qu’il transformera plus tard, "Les Oiseaux". De cette union naquirent 9 enfants dont deux décédèrent en très bas âge.

Très rapidement, ses qualités de bonté, de justice et de diplomatie transparaissent. A Chassart, son frère Léopold et lui se partagent les tâches: à Léopold, la gestion financière; à Emmanuel, la gestion technique et les relations extérieures où il excelle particulièrement, au point que ses pairs le désigneront comme président de nombreuses associations professionnelles.

A la commémoration du centenaire de Chassart, le 15 septembre 1938, A. Doumont, représentant du personnel, disait dans son discours en parlant de Chassart: "... mais cette oeuvre exige de tels labeurs que même un homme de la trempe de Léopold Dumont de Chassart y succomberait s’il n’avait pour le seconder son frère, Emmanuel Dumont de Chassart; formé à la même école, ayant profité des mêmes exemples, il possède les mêmes qualités, mais si son aîné est notre chef, lui monsieur Emmanuel est notre conseiller.Le travail présente quelques fois des imprévus, des difficultés même, qui paraissent insurmontables. C’est le moment choisi par lui, pour nous venir en aide, avec tact et bonté, par ses conseils et encouragements. Il comprend nos difficultés, et excuse bien des faiblesses humaines, mais apprécie aussi nos efforts et nos succès une fois le but atteint".

Pressé par de nombreux habitants de Saint-Amand, il se présente aux élections communales. Sa liste catholique renverse la majorité libérale, il est élu bourgmestre. Lors des dernières élections précédant la guerre de 1940 il sera réélu avec une majorité écrasante. Il assume également la présidence du conseil de la Fabrique d’église. Toujours à l’écoute, tous peuvent le rencontrer soit à midi, soit le soir. Combien de fois son épouse ne se désolait-elle pas de le voir interrompre son repas pour recevoir un habitant du village et ne pas le faire attendre. Il résoud toutes les petites querelles et les mille et un problèmes de la communauté.

En 1940, il est mobilisé et participe aux combats. Fait prisonnier, il s’évade et rentre à Saint-Amand où il se met au travail sans tarder. Il faut, en effet, adapter la vie de tous aux circonstances de l’occupation allemande. Son épouse le seconde et prend en charge l’aide aux prisonniers de guerre et aux déshérités.

Il est le penseur et l’organisateur d’un complément de ravitaillement de la population du village. Celui-ci est réparti entre les divers fermiers du village en fonction de leur composition familiale. Les fermiers, compte tenu des superficies cultivées, doivent assurer des quotas de froment, lait, beurre et sucre tout en mettant à disposition des lopins de terres préparées.

Cette organisation fait tache d’huile et se répand dans tous les villages voisins. Cela ne lui suffit pas encore: il prend en charge personnellement, avec sa mère et son frère André, le ravitaillement des Jésuites du collège de Charleroi et avec d’autres fermiers, celui des Frères des Ecoles chrétiennes de Malonne, qui avaient près de mille pensionnaires.

Un week-end sur trois ou quatre, son épouse organise des bridges au profit des prisonniers avec en primes pour les joueurs, des lots de farine ou de sucre. Sa maison ne désemplit pas, tous sont accueillis. On disait de bouche à oreille: "Chez M. et Mme Emmanuel, on reçoit quelque chose pour se nourrir". Il y avait toujours un potage et du pain pour chaque malheureux qui se présentait.

Toutes ces activités camouflent celle qui l’occupe dans l’armée secrète, et qui le fait disparaître de temps à autre pendant quelques jours. Tout ce déploiement d’énergie en fait un homme de grande stature, au point qu’il est pressenti par le gouvernement de Londres pour s’occuper de l’agriculture après la libération.

Hélàs, cette stature en fait la cible de l’ennemi. Dans la nuit du 23 au 24 juillet 1944, il est convié, en tant que bourgmestre, à suivre des traîtres à la patrie, déguisés en militaires allemands, en vue d’une audition par la Kommandantur.

A la sortie du village de Saint-Amand, sur la route menant à Fleurus, à l’occasion d’une panne simulée, il est contraint de descendre de voiture, et il est abattu sur place et criblé de balles.

Une grande figure de la famille disparaît à 43 ans.

Sous l’impulsion d’un habitant du village, Joseph Huppé, tous s’unissent et apportent leurs concours à l’édification d’une chapelle construite à l’endroit où il fut assassiné, en souvenir de ce "Bon monsieur Emmanuel".

"Fiat voluntas tua".

son fils, Emmanuel

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voir également : livre/Souvenirs. Table des Matières.htm